Après une journée à vadrouiller dans les ruines de l’ancienne cité Inca de Choquequirao, on reprend notre sac à dos direction Maizal où l’on doit arriver ce soir. Pour préparer notre expédition (le mot est peut être un peu fort…), on s’est servis d’un blog, Novo Monde, qui détaille à merveille chaque étape du trek. Heureusement qu’ils étaient là car il n’y a que peu d’informations dans les guides. Ils l’avaient noté en rouge, jaune, rose… Le J4, c’est le plus dur. On en frémit d’avance… Nous devons atteindre le col de Choquequirao qui jouit d’une vue sur le site (on repassera, ce matin on est dans nuages), puis descendre 1300m de dénivelé jusqu’au rio blanco, le fameux qui n’a pas de pont, puis 1100m de dénivelé positif, le tout sur 18 kms ! Aïe.

Pour réussir cet exploit, on débute la journée de marche à 6h du mat’. On arrive au col en 1h où se fait un café/thé (et oui, on se refuse rien !), on jette un œil sur la montagne en face où l’on distingue sans difficultés le chemin en Z qui grimpe jusqu’au col (c’est notre deuxième partie de journée…) puis attaquons la descente vers le rio blanco qui nous irrite les genoux. En cours de route, après une grosse heure de marche, on découvre un autre site Inca, Pinchaunuyoc, qui bien qu’inconnu mérite vraiment le coup d’œil. Le site, en forme de triangle, est composé de terrasses hyper bien conservées. Ce qui nous surprend le plus ? Une armada de hippies qui squattent le site. On comprend enfin ce que voulait nous dire le chico de Choquequirao. Une bonne vingtaine de paumés qui semblent vivre d’amour, d’eau fraîche (le site a conservé ses canaux d’irrigations), d’herbes et de plantes du coin avec lesquelles ils font un feu dans lequel ils s’enivrent (très clairement, ils mettent la tête dans la fumée pour inhaler leur potion magique). C’est drôle mais un peu pathétique. Il y  a des nanas qui ont pas l’air bien du tout et qui arrivent à peine à nous demander si on a des mules… Les petites américaines vont avoir dû mal à se sortir de là ! Pas de risques, ceux-là on les recroisera pas de ci-tôt… Du moins c’est ce qu’on croit !trekchoquequirao.carnetdecuriosites (13)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (14)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (15)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (16)_resultat

trekchoquequirao.carnetdecuriosites (17)_resultatOn continue notre route avec toujours en tête ce fameux rio à passer et arrivés en bas… Il y a un petit pont ! On ne comprend pas, il ne semble pas construit récemment pourtant. Enfin, l’essentiel c’est qu’on puisse passer le rio sans se mettre à poil 🙂 On mangera rapidement nos sandwichs avant d’attaquer « la montée qui tue » : 1100m de dénivelés sur trop peu de kilomètres. Nous trouvons un bon rythme (1h de marche, 10 minutes de pause) et parcourons presque à 4 pattes cette montée qui grimpe sec jusqu’au village de Maizal où nous arrivons vers 15h30, soit 3h30 après notre départ. Le village de Maizal a accés à l’eau mais n’a pas d’électricité. Un super terrain de camping en terrasses avec une vue exceptionnelle n’attend que nous. La journée est terminée, on est claqués mais on se dit que demain c’est le dernier jour de marche, on devrait trouver un collectivo à Yanama pour nous avancer jusqu’à Hydroélectrica, à 10kms du Machu Picchu !trekchoquequirao.carnetdecuriosites (18)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (21)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (20)_resultat

trekchoquequirao.carnetdecuriosites (19)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (22)_resultatNous attendrons une bonne heure avec les poules et les cochons avant que les habitants du village composé de 4 personnes et beaucoup d’animaux arrivent à Maizal, après une journée de travail dans les champs. Il s’agit d’une famille, le grand-père, les parents et le fiston qui doit avoir 5 ans. Ce soir, ils reçoivent la visite de leur famille, probablement pour un évènement pas jojo ; il y a beaucoup d’effusions, c’est très émouvant surtout que ça se passe devant notre assiette de papas/arroz/huevo que l’on apprécie comme un 3 étoiles. La petite spécificité de la maison, on mange avec une vingtaine de cochons d’inde dans les pieds, qui s’appellent ici cui (un cui, des cuyes). Pourquoi ce nom tout mignon ? Parce que ça hurle d’une voix très aigue et sans discontinuer « cui ». Elles sont choux ces petites bêtes, mais dans le contexte, c’est étrange… Au Pérou, le cui n’est pas un animal de compagnie mais un repas qu’on ne mange qu’aux grandes occasions nous expliquera le papa. Une fois rôti le cui se présente en entier, avec les dents et tout et tout (sauf les poils). Jusqu’à présent, on n’a pas réussi à goûter !trekchoquequirao.carnetdecuriosites (2)_resultat

La deuxième surprise du soir, c’est de voir débarquer 5 hippies vers 17h30… On se demande comment ils ont réussi à venir jusqu’ici, on était persuadés qu’ils resteraient stone encore quelques jours… On a peur pour notre collectivo, ils nous disent qu’ils veulent aussi le prendre à Yanama, mais il y a peu de place dans ces mini-bus, faut pas qu’ils nous grillent. Ce sera notre leimotiv du J5 !

Dernière surprise et pas des moindres, le papa du village nous explique en fin de repas que la route entre Yanama et Totora est coupée, faute à un éboulement. Les véhicules ne peuvent plus passer… Notre moral en prend un coup, cette nouvelle nous annonce un jour de plus de marche (et 1000m de dénivelé en plus vers le haut comme vers le bas) pour rattraper le collectivo à Totora… On se couche crevés et on le sera d’autant plus le lendemain matin après avoir passé la nuit avec les hippies qui se sont collés à nos tentes (il y avait pourtant plusieurs terrasses, ils nous ont peut être pris pour un des leurs…) et ont refait le monde jusqu’à point d’heure.

En ce 5ème jour de trek, nous devons atteindre le col de San Juan… Encore 11 kms, 1000m de dénivelés puis une descente tranquille pour arriver à Yanama. On a hâte d’y arriver et de savoir s’il est possible de rejoindre à pied le lieu d’éboulement et de récupérer un collectivo derrière. Nous apercevons en contre-bas 20 tentes sur un terrain, il s’agit du reste de la troupe des hippies qui ont pas dû réussir à atteindre Maizal avant la nuit… Oh punaise, il faut pas qu’ils choppent le collectivo avant nous ! On a une bonne marge d’avance et semblent encore couchés mais il suffit qu’ils trouvent une potion magique qui donne la pêche et ils nous grillent à plate couture !

On arrivera non sans mal au col de San Juan en 3h30 puis marcherons tranquillou en descente jusqu’à Maizal où nous sommes accueillis dans le 2ème camping par une femme charmante (on laisse le premier camping aux hippies, vu leur état, on imagine qu’ils ne feront pas 500m de plus). Cette dernière nous propose un bon plat de papas/arroz/huevos ou une trucha (truite), parfait ! Elle nous remet du baume au cœur en nous expliquant qu’il est possible de prendre une moto (il semble y en avoir 4 dans le bled) pour rejoindre Totora cet après-midi afin d’avoir un collectivo demain matin. On saute de joie, de nouveau, on se dit que la marche c’est fini !!! Malheureusement, nous attendrons plusieurs heures durant qu’un chico vienne à nous et nous propose 120 soles par moto !! Soit 40€/personne, il est fou ! On gardera espoir jusqu’à la nuit tombée qu’il baisse son prix, les autres motards ne sont toujours pas là, on se décide à planter notre tente et à commander un autre plat de… On vous laisse deviner 😉carnetdecuriosites (2) carnetdecuriosites (1)trekchoquequirao.carnetdecuriosites (3)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (4)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (5)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (6)_resultat

On partagera la soirée avec la famille, le couple et leurs 2 filles de 3 et 8 ans trop mignonnes, autour d’un bon repas durant lequel nous échangeons sur nos métiers, leurs vie dans le village qui n’est raccordé à l’électricité que depuis 2 mois. Notre espagnol s’est vraiment amélioré depuis 4 mois et nous permet maintenant d’avoir des échanges vraiment sympa avec les locaux. Nous nous couchons épuisés à l’idée de la journée du lendemain… Nous imaginons que les hippies sont au premier camping, on espère qu’ils nous piqueront pas notre place dans le collectivo à Totora…trekchoquequirao.carnetdecuriosites (7)_resultat

Debout 6h pour le J6, ptit déj tranquillou, moral dans les chaussettes… Et là, sortant de nul part à 7h du mat, un villageois vient nous voir et nous explique qu’un collectivo part à 8h et que le « duenyo « (le patron) viendra nous voir à 7h30 pile. Après s’être assurés du prix en essayant de contenir notre émotion (on ne peut pas le prendre dans les bras et après essayer de négocier…), nous sautons de joie, nous dansons, nous chantons, nous serons ce soir à Agua Calientes (village de base du Machu Picchu) et nous pourrons nous laver les cheveux !!!!!! (et le corps mais les cheveux ça urge encore plus). VAMOS ! Le père de famille avec qui nous avons passé la soirée hier nous dit qu’il prend également le collectivo et nous propose d’y aller ensemble. Super ! Puis l’heure tourne, il est 7h55, personne n’est venu nous voir, notre moral rechute, le papa n’est pas revenu, le duenyo non plus. C’est l’ascenseur émotionnel ce trek ! Peut être qu’ils ont préféré prendre la troupe des hippies… Je part à la rencontre du père qui me dit : vite allez y, marchez le long de la route et vous verrez le collectivo ! On y comprend plus rien, on met nos sacs sur le dos et on fonce sur la route, il reste 5 minutes avant qu’il parte. On voit après une courbe un collectivo au loin, YOUPI ! Par contre, il n’y a personne, Morgan et Séb partent à la recherche du duenyo… En fin de compte, nous partirons en collectivo vers 9h avec le papa, une femme et son bébé, 2 hippies réchappés du groupe et un autre señor direction Santa Teresa ! La route est défoncée, il semble que c’est la première fois qu’ils passent depuis l’éboulement, il faut nettoyer la route et trouver des pierres plates pour créer un passage pour les roues. Il faut aussi contenir sa peur car tout cela se passe au bord de précipices assez impressionnants. Tout le monde met la main à la patte. Le trajet nous laisse le temps de discuter avec les hippies qui nous expliquent que la troupe de 20 est dans la m-r-e, ils ont peu d’argent, pas assez à manger, ni d’équipement, que le rythme était trop lent (3h pour se faire à manger vu qu’ils sont 20) et que deux nanas (les blondes américaines qui ont tenté de nous articuler « tieeeeneeees mulaaas ») étaient mal barrés car arrivaient directement d’une région bien plate des USA et n’étaient jamais montées en altitude… Bref, je ne sais pas s’ils ont fini en vie à l’heure où l’on vous écrit ! trekchoquequirao.carnetdecuriosites (23)_resultat

trekchoquequirao.carnetdecuriosites (24)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (25)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (1)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (8)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (9)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (10)_resultatArrivés à Santa Teresa, on négocie sans difficultés avec le collectivo pour qu’il pousse jusqu’à Hydroélectrica pour quelques soles de plus. Il est 15h, on prend le temps de manger nos dernières noodles et nous voilà prêts à parcourir les 10 derniers kilomètres à pas de course. Nous arriverons à Agua Calientes en 2h, on n’a jamais marché aussi vite surtout après 5 jours de marche intensive et plus de 10 kgs sur le dos. Mais savoir que l’on verra le Machu Picchu demain matin et que l’on prend une douche et dormons dans un lit ce soir nous donne des ailes !trekchoquequirao.carnetdecuriosites (11)_resultattrekchoquequirao.carnetdecuriosites (12)_resultat

Après avoir acheté notre billet pour le Machu Picchu (plus de places pour le Huayna Picchu !), nous nous enfilons une pizza, un pisco sour et une bonne bière avant de plonger dans les bras de Morphée… Une journée riche en émotion nous attend demain !